(F.H.)- Il y avait donc un décalage de chronologie entre ce que les professionnels voyaient, à savoir la baisse du risque sur les crédits des générations précédentes, et ce qu’ils faisaient, à savoir des générations de crédits nouveaux beaucoup plus risqués.

R.-P. D. – N’y a-t-il pas, au cœur de tout cela, une perte grave du sens des limites? On était persuadé que tout pouvait continuer indéfiniment : la croissance était possible sans fin, les risques pouvaient diminuer indéfiniment, comme si non seulement l’aléa pur et simple du hasard, mais aussi la réalité de la rareté avaient radicalement disparu !

F. H. – Et aussi l’expérience séculaire du caractère cyclique du capitalisme qui était oubliée !

R.-P. D.- Cette perte des limites est aussi une sorte de désincamation et d’abstraction généralisées.

F. H. – Absolument! On ne gérait plus les crédits dans un dialogue entre un emprunteur et un banquier qui se connaissent, on raisonnait sur de grandes séries statistiques; on construisait des modèles mathématiques pour projeter les flux financiers d’un « portefeuille » de crédits anonymes.
Tous ces produits reposaient en effet sur un appareil statistique et mathématique extrêmement développé, qui a donné à tous les opérateurs le sentiment d’une grande sécurité. Or, elle était illusoire, car on appliquait un référentiel statistique dépassé, celui des dernières décennies du XXe siècle, qui était associé à des niveaux d’endettement et à des types de populations endettées beaucoup moins risqués.
Cette « illusion d’optique » était renforcée par le mode de construction des modèles probabilistes qui sous-tendaient à la fois la structuration des véhicules de titrisation et la gestion des produits dérivés. En effet, lorsqu’on distribue les probabilités d’occurrence d’un événement aléatoire, on obtient des courbes en «cloche», des courbes dites de Gauss, du nom d’un mathématicien allemand du début du XIXe siècle.

Pour que les modèles fonctionnent, il faut les borner, car malgré la puissance accrue des ordinateurs, les « arbres de probabilité » ne peuvent pas être simulés à l’infini. On a donc coupé les deux extrémités de ces courbes, réputées non signifiantes parce que associées à des probabilités très faibles, et on a construit les modèles sur la partie centrale de la courbe en cloche.

Ainsi, nous nous sommes reposés, aveuglément, sur des outils mathématiques qui, d’une part, étaient construits à partir de données statistiques issues d’une époque dont les paramètres financiers n’étaient pas les mêmes que ceux que nous étions en train de « fabriquer », et qui, d’autre part, éliminaient les probabilités les plus faibles, c’est-à-dire les scénarios « catastrophiques ».
Double fragilité issue d’un même optimisme aveugle ! Ce n’était probablement pas un hasard si, au même moment, se développaient, notamment aux Etats-Unis, des philosophies d’un monde « sans histoire », en phase avec une économie supposée sans cycles et une finance présumée sans crises !

R.-P. D. – Par la raison, on était donc persuadé d’avoir enfin engendré le meilleur des mondes…

F. H.- Le meilleur des mondes reposait aussi, en définitive, sur l’hypothèse, admise a priori par tous, que chacun des acteurs de ce système complexe, qu’il soit banquier, juriste, assureur ou « notateur », était à la fois compétent, rationnel, intègre et prudent.
Hypothèse « forte » pour employer un terme mathématique, très forte, beaucoup trop forte!
Hypothèse bien accordée à l’optimisme résolu de la philosophie « comportementale » américaine.
Hypothèse validée par l’expérience des premières années de ce siècle, qui combinaient accélération de la croissance, développement des pays émergents, augmentation continue du prix de tous les actifs… et enrichissement prodigieux des banquiers et financiers !
Pendant cet âge d’or, banquiers et financiers croyaient vraiment avoir trouvé la pierre philosophale ! Oubliant au passage la constatation faite dans les années 1970 par le prix Nobel d’économie David Kahneman qui, dressant la liste des hypothèses sur la nature humaine qui fondent implicitement les modèles économétriques, consta ait que presque aucune d’entre elles n’est validée par la réalité de la vie !

R.–P. D. – N’oublions pas que la pierre philosophale au centre de l’histoire de l’alchimie, que Ion appelait aussi «pierre des sages», constitue une croyance à la fois rationnelle et magique. Cette croyance mobilisait des savoirs traditionnels – portant sur la matière, sur le métaux,les oxydations, etc. – maïs pour un but qui, en dehors de cette croyance, n’en apparaît pas moins comme purement magique: transformer le plomb en or, acquérir Immortalité, accéder au bonheur éternel. Les contextes historiques sont radicalement différents, mais entre les buts poursuivis par l’alchimie et ce que vous décrivez des mutations financières des dernières années, il y a une frappante similitude. Dans les deux cas, il s’agit bien d’imaginer que la connaissance rationnelle peut fournir la clé dune expansion perpétuelle, universelle et illimitée.

F. H . – Perpétuelle, universelle et illimitée. Les trois termes, les trois adjectifs sont exacts. Voilà l’ hypothèse implicite qui sous-tendait ces sept années de croissance, d’effervescence et de prospérité. Et comme cela générait dans le monde entier une richesse bien réelle, et sans précé- dent, presque tout le monde a cru que la pierre philosophale, cela marchait.

R.-P. D.- Comme vous le savez, chaque fois que l’on croit détenir l’accès à un univers stable, prospère, à l’abri de tout accident, l’adhésion à cette croyance est particulièrement forte. Ellel’est plus encore quand la clé de ce monde parfait est supposée être rationnelle. Et quand les faits paraissent confirmer durablement cette illusion, pourquoi donc voudrait-on s’en défaire? C’est sur ce modèle, en fin de compte, que se sont constituées toutes les utopies qui accompagnent l’histoire du développement occidental – depuis la République de Platon jusqu’au phalanstère de Fourier, en passant par Thomas More, Campanella, Cyrano de Bergerac, Morelli et tant d’autres, en particulier les socialistes du xix6 siècle – non seulement Fourier, mais aussi Cabet, Owen.

Le point central, à mes yeux, dans ces doctrines évidemment différentes, c’est toujours le fantasme d’en finir avec l’Histoire. Celle-ci est faite de hasards, d’approximations, de processus imparfaits, aléatoires et opaques. L’utopie, qui veut en finir avec ce chaos, n’est donc pas simplement le rêve généreux d’un monde meilleur.
Elle incarne le triomphe de la raison, supposée détenir enfin le moyen infaillible de mettre le monde en ordre, de rendre les hommes heureux et d’éliminer les déséquilibres et les contingences de l’Histoire. Elle calcule, contrôle, épure et reconstruit.

Je ne sais si l’épisode récent de développement de mutation du monde financier que vous avez décrit ressemble plus à la pierre philosophale ou aux utopies. Mais, en tout cas, il s’agit bien d’un processus analogue. L’étonnant, c’est qu’il soit survenu dans le monde financier, et précisément après 1989 et la chute du mur de Berlin. Peut-être ai-je maintenant la possibilité de quelques premières remarques.

Roger-Pol Droit et François Henrot, Le Banquier et le Philosophe, Plon, 2010.

Imagem: Anubis- Heather Tweed

Olá, João.

Pois vale a pena ler o livro. Esta é apenas uma passagem. Foi o José do Portadaloja que o recomendou.

É interessante porque se trata de um diálogo entre um filósofo e um banqueiro.

Esta passagem termina com a ideia de utopia que está presente em todas estas engenharias sociais e que o de filosofia faz coincidir com esta certeza no progresso e na prosperidade por via das engenhocas financeiras.

Mas há outras alturas em que o que é banqueiro defende o utilitarismo e aí, sim, temos uma ligação ao liberalismo que é a ideologia motora.

Mas há mais, incluindo passagens em que o filósofo recorda o Aurora do Nietzsche para falar da vontade de Poder, hoje em dia no financeiro.

A mim deu-me foi para recordar as memórias históricas de outras bolhas. E a iconografia é deliciosa.

Perdeu-se este espírito crítico que existia no século XVII e XVIII.

(Eles falam do que o João referiu- dessa crença sem crítica e dizem que noutros tempos havia o lema dos 2 pares de olhos. tudo tinha de ser visto por 2 pessoas, para que a tal crítica evitasse a crença cientóina).

Ola Zazie,

Texto interessante. Com tanto barulho feito acerca da nossa sociedade supostamente “do saber” e do pretenso reino dos consultores-peritos, vemos que, no fundo, continuamos sem perceber minimamente em que nos pode valer o saber.

O texto é sobre isso, e o simbolo da pedra filosofal parece-me bom. Mostra bem como enchemos a boca com saberes técnicos, mas depois so sabemos utiliza-los como uma varinha magica.

A questão dos bancos é simples : o que distingue os bancos da Dona Branca é, ou devia ser, que os primeiros são supostos agir com prudência, baseada no manuseamento de principios avalisados pela experiência e limitados pela ética. So assim se consegue entender que a Dona Branca tenha sido presa e os banqueiros não.

Ora bem, continuo à espera de um banqueiro capaz de explicar em que consiste esse saber, e o que é essa “prudência”.

Mas vou esperar sentado. Porque numa economia inteiramente baseada no principio da livra aldrabice, todos têm interesse em que o saber continue a ser usado como uma varinha magica. A nossa economia vive à conta disso. Quero despedir o meu pessoal ? Vou encomendar uma “auditoria” que me vai expor que não existe decisão mais racional. Não fui capaz de contruir uma familia ? Ha de existir um psicologo que, bem pago, me vai explicar que a culpa foi na realidade do meu conjuge. O povo português não se consegue educar facilmente ? Deixa estar que os burocratas, aliados aos Magalhães, vão tratar do assunto com relatorios, sem que a gente tenha de marcar presença na escola e aturar esta escumalha.

Mas o que ninguém diz, é que a varinha magica NAO E’ NEM NUNCA FOI irracional. E’ mesmo o começo da racionalidade. A varinha magica caracteriza o tempo dos primeiros passos. Aqueles em que ainda hesitamos entre “culpas” e “causas”, entre “feitiços” e “actos”.

E o que o texto diz é precisamente isso. Cuidado com as oposições simplistas. O nosso problema não é de opção entre “saber” e “não saber”. O nosso problema é não conseguirmos distinguir entre “bom saber” e “mau saber”. Entre “saber que presta”, e “saber inutil”. O texto esta certo : é confortavel, sempre foi, deixarmo-nos embalar pelas miragens estéreis da “razão” despida da vida.

Somos uma sociedade de clérgos mas continuamos a ignorar para que serve o saber. Por isso confundimos “conselheiros” e “consultores”.

Ora, NAO é a mesma coisa.

Ja que andam para ai a apregoar que é na escola que se aprende, aprendam com o que se estuda na escola. Por exemplo, leiam o Leal Conselheiro…

Eu ja nem peço mais nada.

Abraço

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