• Rirei para que se riam de mim

    «(…)Je pourrais m’écrier alors avec le Prophète : « Après avoir été exalté, j’ai été humilié et rempli de confusion (Psalm. LXXXVII, 16); » ou bien: « Je danserai afin de paraître plus vil encore (II Reg., VI, 22). » Oui, pour faire rire de moi, je me laisserai aller à une sorte d’extravagance, mais à de bonnes extravagances qui charment les regards de Dieu si elles blessent ceux de Michel; qui peuvent me rendre ridicule aux yeux des hommes, mais qui sont pour les anges le plus charmant spectacle. Oui, je le répète, ce sont d’excellentes folies que celles qui nous exposent à la risée des riches et au mépris des superbes; mais ce sont de véritables extravagances pour les gens du monde qui nous voient dédaigner ce qu’ils recherchent avec ardeur, et désirer au contraire de toutes nos forces ce qu’ils évitent avec le plus grand soin; nous leur faisons l’effet de ces baladins et de ces bateleurs qui attirent sur eut les regards de la foule quand on les voit, contre les lois de la nature humaine, se tenir debout et marcher la tète en’ bas et les pieds en l’air; seulement nos extravagances à nous n’ont rien de puéril, rien qui rappelle ce qu’on voit sur le théâtre, où des gestes efféminés et corrompus réveillent les passions et représentent des choses honteuses; elles sont charmantes, honnêtes, graves, belles et capables de flatter les regards mêmes des esprits célestes qui les contemplent. C’étaient là les pures et saintes extravagances de celui qui disait: « Nous sommes en spectacle aux anges et aux hommes (I Cor., IV, 9).» Puissent-elles être les nôtres, afin que nous soyons exposés dans le monde à la risée, aux moqueries et aux humiliations de tous, jusqu’à ce que celui qui brise les grands et exalte les humbles vienne pour nous inonder de joie et de gloire et pour nous exalter à jamais.»

  • São Bernardo (LETTRE LXXXVII. AU CHANOINE RÉGULIER OGER)